AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

HOUSE

MON GRAIN DE SEL :

L’influence qu’ont les sionistes sur les dirigeants américains, y compris les présidents. Nous laisse très perplexes. Jusqu’à l’heure actuelle, cette influence néfaste est toujours présente et pesante. Au point où les USA font des guerres pour et au nom d’israël.

Nous pourrions spéculer une explication, avec de très fortes probabilités d’exactitude. L’appartenance d’un grand nombre de présidents américains à la Franc Maçonnerie.
Les pères fondateurs des États Unis d’Amérique, étaient tous des franc-maçon.
N’oublions pas que la fondation des États Unis, n’a été faite que dans le but de servir de base au Nouvel Ordre Mondiale. Et les Juifs/sionistes ont toujours été présent en grand nombre aux USA, même de nos jours.

Publié par  :  KAM

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AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

le Colonel House

Par : Aline de Diéguez

 » La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n’importe quelle idée jusqu’à sa source. « 

( Edward Mandell HOUSE )
*

Sommaire

– 1 – Une éminence grise, le Colonel House
– 2 – Pourquoi s’intéresser au Colonel House ?
– 3 – La source des informations sur le Colonel House
– 4 – Biographie du Colonel House
– 5 – Les amis et les soutiens
– 6 – Les banquiers de la City repartent à l’assaut de l’Amérique
– 7 – La réunion secrète des banquiers dans la propriété du Sénateur Aldrich dans l’île Jekyll et ses conséquences
– 8 – Le Colonel House : de la FED au sionisme et vice versa
– 9 – Le second mandat du Président Wilson
– 10 – La Première guerre mondiale
– 11 – Le Colonel House à Versailles
– 12 – La disgrâce
– 13 – Le Colonel House et Edith Wilson: une inimitié réciproque
– 14 – Les dernières années du Colonel House
– 15- Comprendre les raisons de l’influence du Colonel House sur le Président Wilson : la parole est à Freud
– 16 – Conclusion

1ère Partie

Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza
Le rôle d’une éminence grise: le Colonel House

1 – Une éminence grise, le Colonel House

Qui connaît aujourd’hui le Colonel House (Edward Mandell House (1858 – 1938)? Aucun Européen, assurément, et probablement très peu d’Américains en ont entendu parler. Et pourtant ce « faiseur de Présidents » comme il se plaisait lui-même à se nommer, fut l’un des hommes politiques américains les plus puissants et les plus importants du début du XXè siècle. Il contribua, en effet, à faire d’un Etat récemment débarqué sur la scène politique, encore peu peuplé et à peine sorti d’une sanglante guerre civile, l’empire militaro-financier qui allait dominer le siècle.

L’histoire politique officielle a tendance à ne se référer qu’aux dirigeants officiels des nations : les rois, les Présidents, les Premiers Ministres et autres responsables des grandes administrations civiles ou militaires. Et pourtant, à l’abri des lumières de l’avant-scène, des éminences grises, mal connues ou totalement inconnues du grand public, exercent le véritable pouvoir. Certains le doivent au gigantisme de leur fortune, comme ce fut le cas, hier et aujourd’hui, des grands banquiers regroupés autour des Rothschild et des Warburg dans la plupart des Etats européens; aux Etats-Unis les hommes d’influence représentent de puissants groupes de pression ethniques ou financiers, tels l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), la loge maçonnique B’nai B’rith (les Enfants de l’Alliance en hébreu) fondée en 1843 sur une stricte appartenance ethnique, l’industrie de l’armement ou de la pharmacie; en France, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) et le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) jouent ce rôle.

Le Colonel House constitue cependant une exception à la règle: il fut un de ces hommes-charnière qui ont exercé sur le cours de l’histoire une influence disproportionnée à leurs qualités intrinsèques ainsi qu’à leur fortune . Homme de l’ombre, sorte de Père Joseph américain, confident du Président Woodrow Wilson dont il dirigea en réalité toute la politique, son rôle s’explique par l’extraordinaire ascendant qu’il prit sur lui – à l’instar du Karl Rove de G. W. Bush ou du Claude Guéant de Nicolas Sarkozy. Bien qu’il n’exerçât aucune fonction officielle, il fut le diplomate officieux qui, à un moment-clé de l’histoire du monde, a tenu entre ses mains tous les fils du destin de la planète. Il n’a ni inventé, ni créé la Fed ou le sionisme, mais il fut le passeur qui, sans en mesurer toutes les conséquences, permit à des mouvements et à des évènements qui mûrissaient dans l’ombre depuis de longues années de prendre un élan qui en fit les acteurs principaux de l’histoire du monde durant tout le XXe siècle.

En 1938, peu de temps avant sa mort, Edouard House dira à son biographe, Charles Seymour, « Durant les quinze dernières années, bien que peu de personnes ne l’eussent suspecté, je me suis trouvé au centre de toutes choses. Aucun étranger important ne s’est rendu aux Etats-Unis sans [venir] me parler. J’étais proche du mouvement qui assura à Roosevelt son investiture. Il m’a donné carte blanche pour le conseiller. Tous les Ambassadeurs me faisaient fréquemment des comptes-rendus. » ( Charles Seymour, Col. E.M. House, The Intimate Papers of Col. House, 4 v. 1926-1928, Houghton Mifflin Co.)

Edward-Mandell House

2 – Pourquoi s’intéresser au Colonel House ?

Le destin du Colonel House nous intéresse donc dans la mesure où nous subissons, aujourd’hui encore, les conséquences de son action. Celles-ci n’ont pas fini de sécréter leur venin pour le plus grand malheur des victimes d’hier et d’aujourd’hui de ses initiatives. En effet, la planète lui doit notamment les premiers pas de la légitimation internationale de l’idéologie sioniste qui a pris, à partir des Etats-Unis, l’essor planétaire que l’on connaît et qui a conduit à l’édification d’une nouvelle variété d’Archipel du Goulag en Palestine et à la création à Gaza du plus gigantesque camp de concentration que l’histoire ait jamais connu avec la complicité active ou passive des dirigeants occidentaux et la démission bouffie des dirigeants arabes.

En tant qu’envoyé et représentant du Président des Etats-Unis au traité de Versailles qui mit fin à la première guerre mondiale, il est le concepteur du think tank « The Inquiry » composé de quinze membres triés sur le volet qui remodelèrent les frontières de l’Europe de l’après-guerre selon le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes« . Ce principe apparemment généreux masquait le but réel de l’opération, à savoir la volonté d’affaiblir définitivement le Hearthland – le cœur de l’Europe – en application de la théorie du géopoliticien Mackinder qui préconisait l’émiettement de l’ancien empire austro-hongrois en une multitude de petits Etat inexistants sur le plan international. Ce principe fut également utilisé au Moyen Orient pour démembrer « à la hache » l’empire ottoman, sans tenir le moindre compte du fameux « droit des peuples« .

The Inquiry, photo de famille

Depuis lors, ce principe n’est « actif » que lorsqu’il coïncide avec les intérêts des Etats-Unis. C’est pourquoi la destruction des grands ensembles est devenue le pivot et le but constant de la politique étrangère américaine, comme l’ont encore prouvé récemment les guerres de Yougoslavie, d’Irak, ainsi que la floraison des révolutions colorées qui ont accompagné et amplifié l’effondrement et la dislocation de l’empire soviétique. Les gigantesques tentes militaires abondamment pourvues en nourriture et en boissons chaudes, les kilomètres de tissu orange et les banderoles en anglais ont surgi comme par magie en vingt-quatre heures, au moment de la fameuse révolution orange en Ukraine. L’Irak n’est plus qu’un champ de ruines dans lequel une société autrefois multiethnique a volé en éclats et qu’un féroce nettoyage ethnique a métamorphosé en communautés ethnico-religieuses rivales et enfermées derrière des murs, le tout au nom de l’affichage d’une moraline pour midinettes qui prétendait « gagner les cœurs et les esprits » à la « Démocratie » à coups de bombes et de missiles tout en pillant les ressources du pays.

Le même scénario est mis en œuvre en Afghanistan où la fameuse « coalition internationale » prétend « sécuriser » des zones tribales mais sème en réalité les germes des guerres futures entre Tadjiks , Ouzbeks et Pashtouns qu’on espère neutraliser en préparant le terrain à des conflits ethniques à venir.

L’objectif d’Inquiry a merveilleusement fonctionné en ex-Yougoslavie dans laquelle les accords de Dayton imposés par Washington ont abouti à l’émiettement d’un Etat déjà plus petit que la France en sept micro républiques – la Serbie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Slovénie , la Bosnie-Herzégovine, et surtout le Kosovo – ce dernier pseudo Etat non viable n’est, en réalité, constitué que par la gigantesque base américaine de Camp Bondsteel opportunément édifiée à l’arrivée du gigantesque pipeline en provenance des champs pétrolifères de la mer Caspienne.

Le Colonel House conduisit l’énorme délégation des Etats-Unis au Traité de Versailles en 1919 qui sema les germes de la deuxième guerre mondiale. Il fut également le concepteur et le fondateur du Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations ou CFR) , un des think tank américains les plus influents en politique étrangère aujourd’hui encore.

Mais ce n’est pas tout : Edward Mandell House a surtout à son actif un soutien déterminant aux actions en coulisses des puissants groupes bancaires qui, après des dizaines d’années de manœuvres infructueuses, sont parvenus à donner naissance au Système monétaire du Nouveau Monde et à créer un moyen de paiement appartenant à des banquiers privés, le dollar, pivot de la puissance américaine jusqu’à la fin du XXè siècle.

C’est durant les années de tractations des financiers avec le pouvoir politique – entre 1910 et 1913 – que l’influence de l’homme qui s’était quasiment approprié le cerveau du Président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, fut si importante dans l’ordre de la politique monétaire qu’on peut considérer qu’il fut le gros grain de sable qui a fait dévier la trajectoire de la politique mondiale afin de la mettre sur les rails de l’expansion impériale des Etats-Unis et de l’enchaîner, dans le même temps, aux puissants groupes financiers qui dominent le monde d’aujourd’hui et le conduisent à des cataclysmes imprévisibles.

Comme les informations concernant la genèse de l’emprise des financiers sur la planète tout entière soulèvent une révérence apeurée et comme le Moyen-Orient demeure par excellence la région du globe dans laquelle l’activité des groupes de pression et les falsifications de la vérité atteignent des sommets, il m’a semblé capital de remonter, autant que possible à la source, afin de tenter de comprendre par quels chemins tortueux quelques banquiers ont fait main basse sur le monde et comment le sionisme talmudique a pris le pouvoir sur la terre palestinienne jusqu’à incarner un judaïsme rigoriste et raciste, qui rêve d’un Etat ethniquement pur, débarrassé des « animaux à deux pattes » palestiniens – pour reprendre la terminologie du Talmud – qui en contaminent le sol et en polluent l’atmosphère.

Car il est candide de croire que le sionisme aurait jailli à partir de rien et d’en fixer l’origine en 1896, avec l’ouvrage du juif allemand Theodor Herzl intitulé Der Judenstaat. De même que l’Amazone n’est pas un miracle solaire jailli ex nihilo des entrailles de la terre, d’obscurs et mystérieux cheminements souterrains ont précédé le jaillissement de la source devenue le fleuve imposant que nous connaissons. De même l’idéologie sioniste a cheminé secrètement dans les souterrains du rabbinat de Russie, de Pologne et d’Ukraine durant des siècles avant d’acquérir la force d’apparaître en pleine lumière, puis de s’exporter en l’Europe de l’Ouest et enfin de débarquer sur le continent américain où elle est devenue quasiment omnipuissante.

Il est tout aussi naïf d’imaginer que la loi de la Federal Reserve (FED) votée la veille du jour de Noel qui énumère les conditions de son fonctionnement serait née tranquillement d’un vote loyal du Congrès et que le Président Wilson en serait l’initiateur.

 

3 – La source des informations sur le Colonel House

Les principales informations sur le Colonel House nous sont données directement par lui-même, aussi bien dans son journal que par une sorte de roman étrange et baroque que l’on peut qualifier d’autobiographique, dans lequel l’auteur se rêve en dictateur de la planète et imagine les mesures à imposer pour assurer le bonheur de l’humanité :

The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York: Houghton Mifflin Co, 1926-1928 –

PHILIP DRU: ADMINISTRATOR: A STORY OF TOMORROW , 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)

Des informations indirectes intéressantes sont également disponibles dans la biographie de Arthur Howden Smith, The Real Colonel House, Doran Company, New-York , 1918 , ainsi que par l’ouvrage de George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932 .

Une biographie plus récente vient de paraitre: Godfrey Hodgson, Woodrow Wilson’s Right Hand: The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006)

Bien qu’il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l’ouvrage d’Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve , The London Connection contient également des éléments de première importance sur notre personnage, notamment sur tout ce qui concerne la conception de la Réserve fédérale et les circonstances de son vote par le Congrès.

Ces textes permettent de dresser un portrait précis et documenté tant de la personnalité que de l’action de cet homme politique étrange et hors du commun.

Nous savons qu’il était d’ascendance hollandaise et que son patronyme Huis devint House lorsque son père émigra d’abord en Angleterre, puis aux Etats-Unis au début du XIXe siècle. L’immigré se fixa au Texas et fit fortune comme briseur de blocus pendant la guerre de Sécession.

Il est classique que les périodes troublées soient particulièrement propices à la formation de colossales fortunes en un temps record. Il y quelques années, le monde entier a été le témoin stupéfait des « réussites » financières foudroyantes des Roman Abramovitch, Mikhaïl Khodorkovski, Boris Berezovski ou Vladimir Goussinski, plus connus sous le nom générique d' »oligarques russes « . Au moment de l’effondrement de l’URSS, une brochette de petits et de gros malins, particulièrement rapaces et avisés, en cheville avec un pouvoir politique chancelant et corrompu avait, en un éclair et avec la complicité tacite du FMI et des grandes banques américaines, fait main basse sur l’essentiel des ressources énergétiques et des grandes entreprises de l’ex-URSS devenue la Russie.

M. House père n’est pas seul à avoir su exploiter les troubles de la guerre civile américaine de 1861à 1867 – également appelée guerre de Sécession – qui ont permis à quelques chevaliers d’industrie de donner la mesure de leur talent et de leur mépris pour les principes du droit et de la morale. Cette période a connu l’ascension fulgurante des John D. Rockefeller, des Andrew Carnegie, des John Pierpont Morgan ou des Cornelius Vanderbilt, lequel n’a pas hésité à affirmer froidement, en 1867, dans une gazette de New-York: « Je n’en ai rien à faire des lois« .

Ces banquiers et ces entrepreneurs affairistes se sont spécialisés dans les abus de pouvoir et les pratiques immorales, mais grassement payantes. Ils ont été qualifiés de « barons voleurs » (robber barons) . Leurs descendants, devenus vertueux, se sont d’ailleurs empressés de consacrer une partie de leur argent à des œuvres de bienfaisance, afin de conquérir l’honorabilité qui leur permettait de blanchir et de protéger par la loi une fortune frauduleusement acquise. L’exemple des Rockefeller est le plus célèbre. C’est sur ces méthodes-là que s’est construit le capitalisme américain.

Le père du Colonel House fut donc un homme de cette trempe. Comme briseur de blocus durant la guerre civile, il exportait les productions locales – notamment le coton – et le vendait à ses correspondants anglais, dont le principal était le chargé d’affaires des Rothschild. Le fils saura se souvenir de ce contrat d’affaires. Le briseur de blocus ramenait, en échange, les produits qui manquaient au Texas et les écoulait au plus haut prix. Après avoir amassé un confortable magot – il est devenu un des hommes les plus riches du Texas – il plaça prudemment ses coquets bénéfices à Londres, dans la banque Baring, alliée à la Maison Morgan . Un nouveau marchepied était prêt pour le fils.

Il n’est pas sans intérêt de noter que les grandes banques anglaises faisaient partie de la célèbre « Corporation de la drogue » et s’étaient enrichies dans le lucratif et très officiel trafic d’opium de la couronne britannique avec les Indes et la Chine à la suite de la fameuse guerre de l’opium qui avait dévasté et ruiné l’empire du Milieu à la fin du XIXe siècle. En effet, après avoir subi l’incendie du Palais d’été, la Chine avait été contrainte de légaliser le commerce de l’opium et d’ouvrir ses frontières aux marchandises anglaises et françaises, mesures qui ont conduit à la ruine du pays.

La géopolitique de l’opium se poursuit de plus belle en Afghanistan avec la bénédiction – et la protection – des troupes d’occupation de l’OTAN, bien que cet organisme s’en défende. Mais un rapport officiel de l’ONU nous apprend qu’en 2007, 93% du marché mondial de l’opium provenait de ce pays et on voit mal comment les nombreuses troupes d’occupation pourraient ignorer ce trafic. Les Chinois n’ont pas oublié la volonté de l’Angleterre de pourrir leur pays de l’intérieur par la drogue et la récente exécution d’un trafiquant anglais prend place dans ce contexte.

 

4 – Biographie du Colonel House

A la mort de M. House père, la fortune ayant été partagée entre ses trois fils, le jeune Edouard, qui avait également hérité d’un second prénom juif – Mandell, en souvenir d’un précieux associé de son père – se trouva, nous apprend son biographe Arthur Howden Smith, « à la tête de plantations de coton qui lui rapportaient un revenu de 20 000 dollars par an« , ce qui était confortable, mais ne le plaçait cependant nullement dans la catégorie des très grosses fortunes de l’époque. Très vite, le jeune héritier, handicapé par une méningite et une insolation durant son adolescence et de santé fragile, abandonna les plants de coton pour une activité autrement plus excitante : la politique. Mais, soit conscience de son infirmité physique, soit résultat d’une fine observation de la manière réelle dont s’exerce le pouvoir, il refusa toujours de s’engager officiellement. Il préférait influencer les hommes politiques en demeurant dans les coulisses. « Il adorait l’exercice secret du pouvoir par le biais des autres » et « fuyait la publicité » écrit son éditeur Charles Seymour.

Bénéficiant de puissants appuis et d’amis dans le Ku Klux Klan – dont son père était membre – amis qui occupaient tous les postes-clés du Texas dans les années 1890 – le jeune Edouard Mandell mit à contribution son argent, sa passion pour la chose politique et son génie d’agent électoral afin d’assurer successivement l’élection de quatre gouverneurs de cet Etat : James S. Hogg (1892), Charles A. Culberson (1894), Joseph D. Sayers (1898), S. W.T. Lanham (1902). Conformément à la théorie qu’il mit plus tard dans la bouche de Philippe Dru dans son roman autobiographique, Edouard House occupait auprès de chacun d’eux le poste de conseiller occulte et tout puissant.

Défilé du Ku-Klux-Klan en 1920 dans l’Oregon

En récompense de son soutien financier et de ses judicieux conseils le Gouverneur James S. Hogg lui décerna le titre honorifique de « Colonel » bien qu’il n’eût jamais eu le moindre contact avec la chose militaire. Il devint donc, du jour au lendemain, le Colonel House et ne fut plus désigné que par ce nom.

Mais l’ambition du Colonel House ne se limitait pas au contrôle du Texas. C’est le pays tout entier qu’il souhaitait dominer. Le rêve de « dictateur de l’ombre » exposé par Philippe Dru- House en 1912, consistait à transposer au pays tout entier, la méthode qui avait réussi au jeune Edouard Mandell au Texas. Par le truchement de son double romanesque, il a en effet exposé longuement sa théorie du pouvoir et le moyen presque infaillible de gagner les élections – méthode appliquée encore de nos jours et qui consiste à ne cibler que les électeurs répertoriés comme non officiellement inscrits dans un parti, à les contacter un par un par des lettres personnelles, fruits d’une minutieuse enquête apparentée à de l’espionnage et à ne faire campagne que dans les Etats hésitants, les fameux « swing states« . « J’enroulai un fil presque invisible autour du peuple, qui le maintenait fermement « , écrit-il.

5 – Les amis et les soutiens

Dès 1902, Edouard Mandell quitte son Texas natal pour New-York. Ses exploits électoraux et son rôle d’efficace « conseiller de l’ombre » lui ouvrent toutes grandes les portes des milieux politiques et financiers new-yorkais. Il remarque qu’à Washington également, le pouvoir politique est exercé par une petite poignée d’hommes au Sénat et à la Maison Blanche. « Il est assez facile pour quelqu’un sans responsabilité de s’asseoir autour d’un cigare et d’un verre de vin, et de décider de ce qu’il y a de mieux à faire « , écrit-il dans ses Papiers intimes. Et plus loin : « À Washington… j’ai constaté que deux ou trois hommes au Sénat et deux ou trois hommes à la Chambre, ainsi que le Président dirigeaient le gouvernement. Les autres n’étaient que des hommes de paille. (…)C’était mon ambition d’y faire irruption si cela était possible, et mon ambition a maintenant fait un bond, au point de vouloir, non seulement en faire partie, mais plus tard, en être le centre…« 

C’est donc cette petite société qu’il s’efforça de pénétrer. Bien qu’il n’eût apparemment rien de flamboyant et que ses exploits universitaires fussent modestes, il y réussit à merveille, car il jouissait du flair infaillible de détecter les amis de qualité qui appréciaient sa discrétion et ses conseils. Son plus récent biographe, Gogfrey Hodgson, fournit une liste flatteuse des invités habituels de son salon et de sa table, parmi lesquels on trouve des figures importantes de la littérature anglo-saxonne de l’époque tels Henry James, Edith Warton ou Rudyard Kipling, futur prix Nobel, le grand pianiste polonais Jan Ignacy Paderewski, qui deviendra le premier Président de la Pologne libre, des hommes politiques , dont le très puissant Sénateur Aldrich, l’homme fort du Congrès et le principal soutien des banquiers et de leur projet de création d’une banque centrale privée. Tout ce qui comptait à Washington – des généraux, des professeurs, des journalistes des femmes du monde et tous les grands banquiers de la place – fréquentait sa maison. Le très influent et sulfureux financier et chevalier d’industrie John Pierpont Morgan était l’un de ses intimes.

Parmi les fréquentations étroites du Colonel House, il faut également compter son beau-frère juif, Sydney Mezes, le Rabbin Stephen Wise, président du Congrès juif américain, l’avocat Louis Brandeis qui sera « le premier juif nommé à la cour suprême« en 1916. Mais auparavant il aura joué un rôle crucial dans l’élaboration et le processus de validation par le congrès du Federal Reserve Act voté en décembre 1913. Il convient également de ne pas oublier le richissime financier Bernard Baruch, qui sera le plus gros contributeur de la campagne électorale de Woodrow Wilson, le Colonel House étant son second « bienfaiteur« . J’y reviendrai.

Le rabbin Stephen Wise, président du Congrès juif américain (à gauche), et John L. Lewis, le président du Congrès des organisations industrielles (à droite)15 mars 1937.

6 – Les banquiers de la City repartent à l’assaut de l’Amérique

Jusqu’en 1910, le Colonel House s’attache habilement à consolider son réseau new-yorkais et washingtonien, ainsi qu’à resserrer les liens tissés par son père avec les puissants groupes qui dominent Wall Street – les Maisons Morgan, Rockefeller, Dukes, Mellons, Brown-Harriman, Dillon-Reed, sans compter les Carnegie, les Whitney ou les Vanderbilt. Au cours de son séjour en Europe durant l’été 1913, il tissera également des liens étroits avec les financiers de la City, notamment les Rothschild et les Warburg, dont la puissance financière dominait déjà secrètement l’Europe tout entière.

On ne peut qu’être frappé par l’étonnante homogénéité ethnique des grands financiers qui gravitent autour du Colonel House et plus généralement par celle de tous les banquiers de la City ou de Wall Street. Un co-religionnaire, Jacques Attali, fournit quelques clés psycho-religieuses de ce phénomène dans un gros ouvrage à prétention historique, Les Juifs, le monde et l’argent, Fayard 2002 dans lequel il théorise la spécialisation des juifs dans le commerce de l’argent et justifie leur omniprésence dans cette activité : « Pour les Juifs, tirer un intérêt de l’argent n’est pas immoral. (…) L’argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l’argent – comme le temps – ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l’argent est-il un péché mortel.  » (p. 120, coll. poche) Car, précise-t-il dans une interview donnée après la parution de son livre : « Pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c’est la richesse qui l’est. »

Ces considérations psycho-théologico-monétaires éclairent quelque peu les motivations des grandes maisons bancaires anglaises – notamment celle des Rothschild, de ses succursales et de ses alliés – au cours de la guerre qu’ils déclenchèrent pour la troisième fois depuis la naissance de cet Etat contre la loi fondamentale des Etats-Unis.

Remonter à la source de la création de la FED, c’est donc découvrir que dès la naissance du nouvel Etat, les puissants banquiers de la City conduits par les clans Rothschild et Warburg avaient mené une guerre violente, obstinée et sournoise contre les principes que les pères fondateurs du nouvel Etat avaient voulu graver dans la Constitution de 1787 inspirée par les philosophes libéraux . C’est dès son premier article, section 8, § 5 que la loi fondamentale précise avec force que « c’est au Congrès qu’appartiendra le droit de frapper l’argent et d’en régler la valeur« . Ses rédacteurs avaient précisément voulu éviter de reproduire le modèle anglais et sa banque centrale, propriété des actionnaires privés ; car comme disait Napoléon Bonaparte, « la main qui tient les cordons de la bourse détient le pouvoir« .

Signature de la Constitution américaine

Durant tout le XIXe siècle, les coups de boutoir des financiers furent constants. Les banquiers de la City de Londres conduisirent, notamment en 1812 et 1866, deux puissants assauts contre la Constitution des Etats-Unis.

Voir : Aux sources…. 3 – La préhistoire du système monétaire : de la déclaration d’indépendance en 1776 à la crise de 1907

Ils échouèrent provisoirement, mais ils provoquèrent, à titre collatéral, si je puis dire, l’assassinat de deux Présidents qui avaient eu l’audace de contrecarrer leurs prétentions: Abraham Lincoln avec son dollar « Greenback« , et James Garfield, qui venait de faire un discours sur les problèmes monétaires peu de temps avant son assassinat. Un troisième Président, John Fitzgerald Kennedy paiera de sa vie l’audace d’avoir voulu, en 1963, mettre fin à l’exorbitant privilège des financiers né de la création de la FED.

Au début du XXè siècle, après plusieurs paniques – en 1869 – 1873 – 1893 – 1901 et 1907 – provoquées et astucieusement contrôlées notamment par un des principaux « barons voleurs« , le financier et homme d’affaires John Pierpont Morgan – les banquiers de la City revinrent à l’assaut et remirent sur le tapis leur projet de création d’une banque centrale privée en prenant pour prétexte l’exaspération de la population après la panique boursière de 1907.

Cependant, ils savaient que le Gouvernement et le public étaient réticents et ne voulaient pas de ce genre d’institution. Il leur avait donc fallu créer de toutes pièces un événement-choc de nature à vaincre l’hostilité du gouvernement. Ce fut John Pierpont Morgan qui s’en était chargé. Fort de sa réputation d’expert financier compétent, il avait habilement distillé des rumeurs de faillite de deux banques new-yorkaises – Knickerbocker Trust Co et Trust Company of America – qui mettaient en péril tout le réseau bancaire des Etats-Unis et la panique attendue se produisit.

Voir: Aux sources….n°5 – Les crises monétaires successives : 1869 – 1873 – 1893 – 1901 – 1907

Le Congrès confia alors au Sénateur Aldrich, un Républicain, chef de la Commission des finances du Sénat qui passait pour le politicien le plus influent de l’époque, le soin de constituer et de diriger deux commissions : l’une sur le fonctionnement du système monétaire américain et l’autre destinée à mener une expertise sur le fonctionnement des banques centrales européennes. Ses relations avec le cartel des banques – sa fille avait épousé l’héritier des Rockefeller et son fils devint le Président de la Chase National Banque – en faisaient pourtant un politicien pour le moins suspect de sympathie avec les financiers internationaux.

Le Sénateur Aldrich

Son voyage en Allemagne, en Angleterre et en France entre 1908 et 1909 , ainsi que ses rencontres avec les banquiers européens, notamment avec Paul Warburg, l’avaient conforté dans la conviction, qui était déjà la sienne au départ, de l’excellence des banques centrales privées.

Mais l’opinion américaine et une forte majorité du Congrès, toujours aussi méfiantes à l’égard des financiers, demeuraient fermement hostiles à toute modification de la Constitution. Pressé par ses amis des lobbies, le riche Sénateur prit la tête de ce qu’il faut bien appeler un complot puisque, entre 1910 et 1913, les méthodes politiques utilisées les principaux acteurs tenaient davantage de celles la maffia sicilienne que de l’Etat de droit.

En effet, les deux échecs précédents de leur tentative de faire main basse sur le système monétaire du nouvel Etat avaient servi de leçon aux banquiers . Conscients de ce qu’il leur fallait changer de stratégie et ne pas attaquer de front et à visage découvert, ils mirent patiemment au point un véritable plan de campagne dont on mesure, avec le recul, tout le machiavélisme. Ils agirent, en effet, sur quatre fronts à la fois et, le plus souvent, en se dissimulant derrière des hommes de paille.

Il s’agissait :

Premièrement, de définir l’objectif avec une grande précision, autrement dit, de rédiger d’avance, et en un petit comité composé de quelques membres acquis d’avance ou partie prenante, le contenu de la loi qu’il conviendra de réussir à faire voter et qui contiendra tous les éléments de ce que devra être la future banque centrale. Ce fut la réunion de l’île Jekyll.

Deuxièmement, il convenait d’assurer l’élection d’un nouveau Président favorable à leurs intérêts afin qu’il n’y ait pas d’obstacle inattendu à partir de la Maison Blanche .

Troisièmement, il ne fallait pas oublier de mener des actions ciblées au Congrès, afin de conquérir une majorité favorable au projet.

Quatrièmement, il était capital d’entreprendre une vigoureuse et habile campagne publicitaire dans la presse et dans les milieux intellectuels en choisissant des journalistes connus et des professeurs directement payés par les groupes financiers, propriétaires des journaux ou importants actionnaires des Universités sollicitées, afin d’endormir l’hostilité de l’opinion publique et la convaincre du bien-fondé des  » réformes  » proposées.

Chaque secteur eut donc son chef de corps d’armée : au Colonel House fut dévolue la campagne de l’élection présidentielle, puis de l’action psychologique sur le Président; au Sénateur Aldrich, l’action sur le Congrès ; aux financiers la corruption de la presse et l’achat des agents d’influence. Mais l’homme qui tirait les ficelles dans les coulisses fut le puissant banquier allemand, Paul Warburg en liaison avec le Colonel House , eux-mêmes téléguidés par la puissante Maison Rothschild de Londres.

Paul Warburg fut en effet le chef d’orchestre de toute cette opération. Allemand et co-propriétaire avec son frère Félix de la banque familiale de Hambourg, il avait épousé en 1893 la fille de Salomon Loeb, de la banque new-yorkaise Kuhn, Loeb & Co et s’était installé aux Etats-Unis. Or cette banque était le poisson-pilote des Rothschild européens aux Etats-Unis, ce qui signifie que Paul Warburg était, en l’espèce, l’homme de paille des Rothschild.

Lui et son frère étaient devenus co-actionnaires de la banque du beau-père – laquelle avait fusionné avec Lehman Brothers en 1977, mais avait connu, comme on s’en souvient, une triste fin en forme de faillite en 2008. Cependant, au début du XXe siècle, Kuhn, Loeb & Co connaissait une si insolente prospérité que le nouvel associé et gendre s’était vu gratifié d’une rémunération mirobolante pour l’époque de cinq millions de dollars par an, simplement destinée à lui assurer la liberté de préparer la réforme du système monétaire américain en vue de l’aligner sur le modèle de la banque centrale d’Angleterre – la première au monde – qui appartenait à des banquiers privés depuis sa création en 1694.

C’était le modèle que les conspirateurs de l’île Jekyll rêvaient de reproduire aux Etats-Unis.

Ce sont donc les groupes bancaires internationaux Eugène Meyer, Lazard Frères, J. & W. Seligman, Ladenburg Thalmann, Speyer Brothers, M. M. Warburg et Rothschild Brothers qui, à travers leurs succursales américaines, menèrent en sous-main toute la campagne. On voit qu’ils s’étaient préparés de longue date pour un marathon politique et que la réunion de l’île Jekyll était loin d’être improvisée.

 

7 – La réunion secrète des banquiers dans la propriété du Sénateur Aldrich dans l’île Jekyll et ses conséquences

J’ai longuement parlé de cette expédition dans mon texte précédent . J’ai également décrit les circonstances rocambolesques de la parution de l’ouvrage de Mullins qui continue d’être ostracisé, alors qu’Eustace Mullins est le premier historien qui soit remonté le plus près possible de la source de la naissance de la FED . Depuis lors, tout le monde s’inspire de ses travaux et, sans jamais le citer, les pille sans vergogne.

Voir: Aux sources ….1 – La conspiration de l’île Jekyll

C’est grâce à lui qu’une connaissance détaillée des circonstances du voyage et du séjour des dix participants à ce conclave est désormais répandue dans le public. On sait aujourd’hui que le Colonel House faisait lui aussi partie du petit groupe de la dizaine de « conspirateurs » déguisés en chasseurs de canard qui s’est réunie à huis clos durant une semaine dans la propriété du Sénateur Aldrich bien que Mullins , bizarrement, ne le cite pas. Peut-être parce qu’à la fin de l’année 1910, ce personnage n’avait encore aucun pouvoir politique officiel et n’exerçait aucune fonction notable dans le privé. Néanmoins sa présence parmi les banquiers à une telle assemblée donne une idée de la force des liens de confiance qui l’unissaient à eux.

Le terme de « conspirateurs » donne, aujourd’hui encore, de l’urticaire aux défenseurs des banquiers. Mais c’est le terme même qu’emploie l’un des participants à cet élégant raout, Frank A. Vanderlip, dans l’autobiographie qu’il a rédigée en 1935 : From Farmboy to Financier (Du garçon de ferme au financier): « J‘étais aussi discret et aussi prudent que peut l’être un conspirateur. Nous savions que nous ne devions pas être découverts, ou alors, tout le temps et les efforts que nous avions consacrés à ce travail seraient détruits. S’il avait été révélé que notre petit groupe s’est réuni et qu’il a, en commun, rédigé un projet de banque central, celui-ci n’avait aucune chance d’être accepté par le Congrès… Je ne crois pas qu’il soit exagéré considérer que notre expédition à Jekyll Island fut la source de ce qui est devenu le Federal Reserve System. (…) Les résultats de cette conférence furent entièrement confidentiels. Même le fait qu’il y ait eu une réunion n’était pas autorisé à être rendu public (…)  » , car le Sénateur Aldrich « a fait promettre à tous les participants de garder le secret » écrivit de son côté Paul Warburg dans le compte-rendu qu’il fit dix-huit ans après les évènements dans The Federal Reserve System, Its Origin and Growth, Volume I, p. 58, Macmillan, New York, 1930 (cité par Mullins).

Le plan Warburg rédigé lors du conclave de l’île Jekyll, fut consigné dans le rapport Aldrich. En bons chasseurs de canards, les « conspirateurs » utilisèrent ensuite la technique bien connue du leurre . Deux plans aux noms différents, mais aux contenus quasi identiques furent lancés dans le public et chacun eut ses détracteurs virulents et ses partisans enthousiastes : le Rapport Aldrich qui faisait l’unanimité contre lui, était défendu par les Républicains et passait pour être le plan des trusts bancaires, et la Loi de Réserve Fédérale, défendue par les Démocrates, était censée préserver les intérêts des citoyens.

Bien que le terme de « Banque centrale » eût été soigneusement évité, c’était bien de cela qu’il était question dans les deux cas, pour le plus grand profit des banquiers, en application de la phrase du vieux, richissime et cynique John Pierpont Morgan : « La Monnaie est une matière première » – à l’instar des pommes-de-terre ou des tomates – à cette petite différence près que les banquiers n’ont aucun mal à produire cette « matière première-là« .

Cette conception agricole de la monnaie est un reflet fidèle de celle exposée par Jacques Attali dans l’ouvrage cité ci-dessus:  » Pour le peuple juif, (…) écrit-il, il n’y a aucune raison d’interdire le prêt à intérêt à un non-juif, car l’intérêt n’est que la marque de la fertilité de l’argent. »

Pour pimenter encore plus le stratagème, Nelson Aldrich, qui venait de perdre son poste de Sénateur ainsi que Frank Vanderlip – les deux principaux meneurs de la cabale en faveur de Wall Street – attaquèrent violemment la Loi de Réserve Fédérale, lui reprochant d’être beaucoup trop hostile aux banquiers . Comme justement le Congrès était lui aussi majoritairement hostile aux trusts, les congressistes furent dupes de cette rouerie et se ruèrent sur le leurre.

Les chapitres I à IV de l’ouvrage de Mullins qui traitent de la naissance de la FED sont dignes d’une enquête de Sherlock Holmes et se lisent comme un roman policier. Peu de membres du Congrès avaient eu le courage de s’opposer publiquement à l’un et à l’autre plan des banquiers. Le député Charles Lindbergh fut l’un de ces opposants les plus combattifs. Père du célèbre aviateur, il avait déclaré le 15 décembre 1911 : « Le gouvernement poursuit d’autres trusts en justice, mais il soutient le trust monétaire. J’ai attendu patiemment pendant plusieurs années l’occasion d’exposer le niveau erroné atteint par la masse monétaire et de montrer que le plus grand des favoritismes est celui que le gouvernement a étendu au trust monétaire. »

Le 23 décembre 1913, au moment où la loi fut votée, amer, il prononça au Congrès un discours prémonitoire, et plus actuel que jamais, compte tenu de ce que sont devenus Wall Street et la Fed: « Cette Loi établit le trust le plus gigantesque de la terre. Lorsque le Président signera ce projet de loi, un gouvernement invisible, celui de la puissance monétaire, sera légalisé. Le peuple peut ne pas s’en rendre compte immédiatement, mais le jour du jugement n’est éloigné que de quelques années. Les trusts réaliseront bientôt qu’ils sont allés trop loin, même pour leur propre bien. Pour se délivrer de la puissance monétaire, le peuple devra faire une déclaration d’indépendance. Il pourra le faire en prenant le contrôle du Congrès. [..] Ceux de Wall Street n’auraient pas pu nous tromper si vous, les Députés et les Sénateurs, n’aviez fait du Congrès une fumisterie. […] Si nous avions un vrai Congrès du peuple, la stabilité règnerait. Le plus grand crime du Congrès est le vote de son système monétaire. Le pire crime législatif de tous les temps est perpétré par ce projet de loi bancaire. Les groupes parlementaires et les chefs de partis ont à nouveau agi et empêché le peuple d’obtenir le bénéfice de son propre gouvernement. »

Le député Louis Mc Fadden avait, lui aussi, manifesté une opposition violente et écrivit: «  Un système bancaire mondial est en train de mettre en place un super Etat contrôlé par les banquiers internationaux. (…) Ils travaillent ensemble à l’asservissement du monde au nom de leur propre intérêt. La Fed a usurpé le pouvoir du gouvernement.  »

Car les circonstances du vote au Congrès avaient fait, elles aussi, l’objet de ruses , de manipulations, de tractations secrètes dans les coulisses, de marchandages . Là encore les deux mêmes larrons, Paul Warburg et le Colonel House, avaient été à la manœuvre. George Sylvester Viereck écrivit : « Les Schiff, Warburg, Kahn, Rockefeller et Morgan avaient placé leur confiance en House. Lorsque la législation sur la Réserve Fédérale prit enfin une forme définitive, House fut l’intermédiaire entre la Maison-Blanche et les financiers. » ( George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932.)

Paul Warburg

L’opération de vote au Congrès se déroula cependant d’une manière extra-ordinaire dans ce genre d’enceinte. En effet, le Federal Reserve Act fut présenté en catimini et dans une discrétion absolue, le 23 décembre 1913, dans la nuit, entre 1h30 et 4h30, au moment où les membres du Congrès étaient soit endormis, soit en vacances pour les fêtes de Noël.

Les députés démocrates présents étaient persuadés, à l’instar du Président Wilson, qu’ils votaient contre le projet des banquiers et « en faveur de la réduction des privilèges des banquiers ». Il s’agit d’un stratagème classique, mais inusable. L’actuel Président de la République française l’a récemment utilisé avec succès en faisant voter par une majorité obséquieuse un traité de Lisbonne qui n’est que le frère jumeau d’un traité constitutionnel refusé par un referendum, et passé dans un shaker de manière à créer un désordre tel qu’il devenait difficile de s’y retrouver. Nietzsche nous avait prévenus: « L’État ment dans toutes ses langues de la terre ; et, dans tout ce qu’il dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé... » (Zarathoustra)

Et pendant ce temps, les journaux appartenant aux banquiers publiaient des articles délirants d’enthousiasme, chantaient la grâce du cadeau de Noël, prédisaient des lendemains qui chantent et une prospérité sans limites pour toutes les classes de la société.

Le lendemain du jour mémorable du vote, le 24 décembre 1913, le banquier Jacob Schiff remerciait le diligent homme de l’ombre: « Mon Cher Colonel House. Je veux vous dire un mot pour le travail silencieux, mais sans aucun doute efficace, que vous avez fait dans l’intérêt de la législation monétaire, et vous féliciter de ce que cette mesure a été finalement promulguée en loi. Tous mes meilleurs vœux. Sincèrement votre, JACOB SCHIFF.« 

Jacob Schiff

On ne peut s’empêcher de voir dans ce document le ton et le contenu du commanditaire à son subordonné et exécuteur.

Le Président Wilson, pourtant « créé » par les banquiers et exceptionnellement favorable à leurs plans avait, à la surprise générale, renâclé au dernier moment et avait refusé de signer le décret destiné à donner force de loi à ce vote. Le banquier Bernard Baruch , qui jouera un rôle capital dans la politique des Etats-Unis dans les années qui allaient venir, s’était précipité à la Maison Blanche et avait arraché l’accord du Président qui contestait, non point le principe ou l’ensemble de la loi, mais des détails concernant les nominations à l’intérieur du système.

Bernard Baruch

Néanmoins, en 1916 prenant tardivement conscience des conséquences de cette loi et des restrictions qu’elle apportait au pouvoir exécutif – le sien – il manifesta, des regrets et émit forces gémissements d’impuissance: « Notre grande nation industrielle est contrôlée par leur système de crédit. Notre système de crédit est privatisé, c’est pourquoi la croissance du pays ainsi que toutes nos activités sont entre les mains d’une poignée d’hommes qui si nécessaire, pour des raisons qui leur son propres, peuvent geler, vérifier et détruire la liberté économique. Nous somme devenus un des plus mal gouvernés, des plus contrôlés et des plus soumis de tous les gouvernements du monde civilisé. Il ne s’agit plus d’un Gouvernement libre d’opinion ni d’un Gouvernement de conviction élu à la majorité mais d’un Gouvernement soumis à la volonté et à la fermeté d’un petit groupe d’hommes dominants. » (L’Economie Nationale et le Système Bancaire, document sénatorial N°3, N° 223, 76ème Congrès, 1ère session, 1939.

C’est pourquoi les journalistes , et même les historiens qui attribuent la paternité de la FED au Président Woodrow Wilson, alors que sa contribution à ce projet fut pratiquement nulle, ne connaissent pas les circonstances de sa venue au monde.

 

8 – Le Colonel House : de la FED au sionisme et vice versa

Bien qu’il n’ait rencontré Woodrow Wilson qu’en 1911 alors que celui-ci venait d’être élu Gouverneur démocrate de l’Etat du New-Jersey après avoir exercé pendant dix ans la fonction de Président de l’Université de Princeton, le Colonel avait, dès 1910 , amarré sa « Fortune » , c’est-à-dire son sort et son avenir, à un candidat « qu’un groupe d’hommes secrets » avait choisi en préparant activement son élection selon les règles mises en pratique au Texas.

Le choix de ce candidat par le parti démocrate était inattendu pour le grand public. Mais les banquiers n’avaient pas oublié que durant la grande panique boursière de 1907 le professeur Wilson avait eu le bon goût et l’esprit d’à propos de déclarer: « Tous ces problèmes pourraient être évités si nous nommions un comité de six ou sept hommes à l’esprit civique tels que J.P. Morgan pour s’occuper des affaires du pays.  » (Cité par Eustace Mullins, in Les secrets de la Réserve fédérale, La Connexion Londonienne)

Woodrow Wilson

Autrement dit, l’idéaliste professeur Wilson commençait à avancer ses pions, car voir dans le principal responsable et le grand bénéficiaire de la crise , John Pierpont Morgan, le meilleur thérapeute chargé de remédier à la débâcle bancaire qu’il avait en grande partie provoquée ne pouvait être l’effet d’un aveuglement involontaire. Si bien que, dès avant son élection au poste de Gouverneur, l’honorable professeur avait été récompensé par une nomination à la tête de la fameuse « Commission Aldrich » chargée de préparer le pays, la presse et les hommes politiques au projet des banquiers concocté durant la célèbre réunion secrète camouflée en « chasse au canard » dans l’île Jekyll.

Il semble qu’il s’agisse là d’une constante de la politique américaine: on fait appel à l’empoisonneur pour administrer au moribond le contrepoison censé salvateur en oubliant que l’empoisonneur pense d’abord à se servir lui-même. Ainsi, hier, c’est le richissime Henry Paulson, Secrétaire au Trésor de la précédente Administration, ancien PDG de la plus grosse banque d’affaires de Wall Street – Goldman Sachs – et l’un des principaux inventeurs du casino boursier créateur du modèle injuste et pervers à l’origine de la crise bancaire des années 2008-2009 et qui est en train de conduire le monde à des désastres imprévisibles, qui s’était vu chargé par le Président G. W. Bush de la mission de réformer le système bancaire. Et aujourd’hui, c’est Timothy Geithner, l’un des grands responsables de la mise en place des produits financiers pourris, qualifiés sobrement de « toxiques » du temps qu’il était à la tête de la FED de New-York – la plus importante parmi les dix régions fédérées regroupées sous le nom de Federal Reserve System – que le Président Obama charge de cette mission. Il la remplit, comme prévu, c’est-à-dire en servant ses amis et lui-même, donc en continuant avec une belle constance à pratiquer, en accord avec le Président actuel de la FED, M. Ben Bernanke, une politique monétaire inflationniste et à renflouer, avec l’argent des contribuables, des organismes de prêts hypothécaires aventureux, le tout au détriment des citoyens américains et des Etats étrangers possesseurs de réserves en dollars et détenteurs de bons du trésor, tout en continuant à servir à ses amis de mirobolants « bonus ». MM. Geithner et Bernanke savent parfaitement qu’il sera impossible de jamais rembourser cette dette. Aux banquiers les bénéfices, aux citoyens les dettes.

Parmi les « hommes secrets » qui, en 1911 choisirent le candidat à la présidence de la République, il en est un, plus secret encore que les banquiers, dont l’influence fut importante, le rabbin Wise. Ce petit-fils du grand rabbin de Hongrie introduisit le sionisme talmudique dans un milieu que dominaient les juifs allemands alors vigoureusement hostiles au sionisme. Sa rencontre avec Theodor Herzl à Bale en 1898 redoubla son zèle.

En compagnie de Louis Brandeis et de Felix Frankfurter, il fonda la première organisation sioniste des Etats-Unis chargée de représenter les juifs non pas en tant qu’individus, mais comme une communauté homogène. Ainsi, dès 1918, il put convoquer le premier Congrès juif américain. Mais dès le début des années 1900, son influence auprès des hommes politiques américains était telle qu’il pouvait se flatter de les rencontrer secrètement à sa demande aussi souvent qu’il le souhaitait.

La rencontre du Gouverneur du New-Jersey et du Colonel House en 1911 est décrite comme un véritable coup de foudre réciproque qui créa entre les deux hommes une intimité intellectuelle telle, qu’une fois élu, celui-ci devint l’alter ego du Président. Son biographe rapporte qu’il aurait déclaré : « M. House est ma deuxième personnalité. Il est mon moi indépendant. Ses pensées et les miennes ne font qu’un. »

Au cours de la campagne électorale, le Colonel House avait incité le candidat à rendre beaucoup plus qu’un hommage appuyé au sionisme. Il s’agissait d’ un véritable engagement identifiant les intérêts de l’Amérique à ceux du mouvement né du premier congrès de Bâle de 1897: « Je ne suis pas ici pour exprimer notre sympathie envers nos concitoyens juifs, annonça-t-il – mais pour rendre évident notre sentiment d’identité avec eux. Ceci n’est pas leur cause: c’est celle de l’Amérique.« 

On ne peut décrire plus clairement que dans cette profession de foi la politique étrangère qui prévaut encore de nos jours et qui n’a fait que s’amplifier, comme on l’a vu récemment avec les « déclarations d’amour obligatoires » à un pays étranger que doit proférer publiquement tout candidat à un poste de responsabilité gouvernementale et les enquêtes scrupuleuses menées par les innombrables associations pro-israéliennes et notamment l‘Anti-Defamation Ligue (ADL) crée en 1913 par les membres de la loge maçonnique ethnique B’nai B’rith (les Enfants de l’Alliance en hébreu) afin de découvrir les plus infimes hérésies qui disqualifient automatiquement les renégats.

Une fois le Président élu, le rabbin Wise a pu déclarer:  » Nous avons reçu une aide chaleureuse et encourageante de la part du Colonel House, ami intime du Président. (…) House a non seulement fait de notre cause l’objet de son attention particulière, mais a servi d’officier de liaison entre l’administration de Wilson et le mouvement sioniste. »

On ne peut s’empêcher d’évoquer la scène du candidat Barack Obama, qui, in illo tempore, se déclarait « l’ami » du philosophe et musicien palestinien Edward Saïd et soutenait la résistance palestinienne, mais et qui n’avait pas hésité, durant sa campagne à promettre, lors d’un discours devant les membres exultants de l’AIPAC , une kippa perchée sur le sommet de son crâne, que Jérusalem tout entière devait être la capitale de « l’Etat juif« . Depuis lors, il a fait machine arrière, mais la promesse est restée dans les esprits de ceux qui l’ont entendue. Les « anges gardiens » qui veillaient sur lui à Chicago l’ont suivi à la Maison Blanche.

Quant au Colonel House, il avait lui-même révélé dans ses Papiers intimes publiés en 1926 à quel point il avait maîtrisé dans tous ses détails la campagne de « son » candidat: il avait, dit-il, rédigé lui-même tous ses discours et lui avait interdit de suivre d’autres conseils que les siens. Ses confidences nous apprennent que son emprise fut telle que M. Wilson « admit des imprudences » et « promit de ne plus prendre d’initiatives indépendantes« .

Cette scène du pénitent devant son juge est rapportée avec un certain cynisme dans le roman autobiographique où Philippe Dru (House) décrit à un comparse comment il avait enserré Rockland (Wilson) dans les bandelettes de la soumission : « Quand il raconta les efforts de Rockland pour se libérer et comment il l’avait contraint à faire amende honorable, se tordant sous son échec, ils éclatèrent d’un rire sarcastique.« 

Cette remarque est à rapprocher d’une phrase quelque peu fanfaronne du Colonel lui-même qui éclaire sa lucidité et son habilité psychologique . Elle explique l’emprise qu’il exerça sur le Président …jusqu’à ce qu’un autre – le banquier Bernard Baruch – le remplace dans ce rôle : « Avec le Président, comme avec tous les hommes que j’ai cherché à influencer, mon intention a toujours été de lui faire croire que les idées qu’il tirait de moi étaient les siennes « .(Howden)

Il existe une similitude confondante entre les moyens et les méthodes utilisées pour réussir à faire élire un petit gouverneur du New-Jersey plutôt effacé et totalement inconnu de l’immense majorité du pays et de la classe politique, mais mégalomaniaque, et ceux qui ont porté au pouvoir le sénateur de l’Illinois, tout aussi inconnu du grand public, le fringant et éloquent métis Barack Obama, destiné à servir de psychopompe flatteuse à une image des Etats-Unis que la folie messianico-guerrière de son prédécesseur avait réduite à l’état d’embryon desséché . En plus du soutien évoqué ci-dessus, celui-ci avait bénéficié d’une manne de plus de 605 millions de $, soit quatre fois plus que son adversaire. Leur point commun réside dans la discrétion de leur carrière avant leur candidature ainsi que dans les sommes vertigineuses qui ont assuré leur élection. C’est à ce critère qu’on mesure dans ce pays les chances de l’élection du candidat. La victoire s’achète très cher.

Certes, les groupes bancaires financent en général TOUS les candidats : en l’espèce, ils avaient abondamment financé non seulement le gouverneur Wilson, qui avait promis de substituer la morale à l’argent comme fondement de la politique étrangère, mais aussi le favori des sondages, le républicain William H. Taft, candidat à sa réélection, lequel avait déclaré que la diplomatie n’est destinée qu’à renforcer l’influence commerciale, ainsi qu’un troisième larron surgi au dernier moment, l’avant-dernier Président, du parti Républicain lui aussi, candidat à un nouveau mandat qui annonçait un mandat de « chasseur de trusts« .

Il faut lire la savoureuse description que fait de cet épisode l’ouvrage exceptionnel d’Eustace Mullins, LES SECRETS DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE, La Connexion Londonienne. Dans son chapitre III, l’auteur écrit: « Soudain, Théodore Roosevelt se porta candidat . Il annonça qu’il se présentait comme candidat d’un troisième parti. S’il n’avait été exceptionnellement bien financé, sa candidature aurait été grotesque. De plus, il reçut une couverture illimitée des journaux, supérieure à celle de Taft et de Wilson réunis. En tant que républicain et ancien président, il était évident que Roosevelt taillerait en profondeur dans les voix de Taft. Cela s’avéra être le cas et Wilson remporta l’élection. »

Mullins précise que « les auditions parlementaires révèleront que dans la firme Kuhn, Loeb Company, Félix Warburg soutenait Taft, que Paul Warburg et Jacob Schiff soutenaient Wilson et qu’Otto Kahn soutenait Roosevelt », mais les montants n’étaient pas à la même hauteur et il oublie de signaler la généreuse contribution apportée à Wilson par le banquier qui affichait ouvertement un sionisme militant, Bernard Baruch. Il jouera d’ailleurs un rôle considérable dans la politique américaine jusqu’au Président Eisenhower compris.

Churchill – Baruch – Eisenhower

9 – Le second mandat du Président Wilson

Après l’élection, très rapidement, une relation extraordinairement intime s’établit entre House et Wilson. Elle couvrait non seulement les questions politiques, mais s’étendait au domaine le plus intime au point qu’une ligne téléphonique directe fut installée entre la Maison Blanche et le domicile privé du conseiller particulier. Refusant tous les postes officiels que le nouveau Président lui offrait, le Colonel House préféra continuer à jouer le rôle d’éminence grise dans lequel il excellait. A partir de cette date, les pouvoirs dont il disposait « dépassent l’imagination » écrivent ses biographes.

Ambitieux tous les deux, Wilson et House étaient étonnamment complémentaires: le style rhétorique de Wilson faisait de lui un orateur au mieux de sa forme devant un public, alors que House aimait l’ombre et l’action dans les coulisses. « Je déteste les discours. Je préfère jouir du frisson qui me vient à travers les autres » avait-il coutume de dire. Wilson voyait dans ce comportement le signe d’une absence totale d’égoïsme et d’un dévouement majeur à la sa personne: « Ce que j’aime chez House, disait-il, c’est qu’il est l’homme le plus discret que j’aie jamais connu. Tout ce qu’il désire, c’est servir le bien commun et m’aider.« 

Le Colonel House et le Président Wilson

Lors de la réélection de Wilson de 1916 le Colonel House joua un rôle encore plus important qu’en 1912 – bien que l’élection ait été gagnée de justesse. A son habitude, House n’avait aucun rôle officiel dans l’organigramme de la campagne mais fut omniprésent. « C’est lui qui planifiait l’ensemble, dirigeait les finances, choisissait les orateurs, imposait la stratégie et la tactique » écrit Hodgson.

Au cours du second mandat de Woodrow Wilson, le Colonel House devint une sorte de Président bis. D’ailleurs ce dernier disait à qui voulait l’entendre que « ses pensées et les miennes sont unes » (Arthur Howden). Le juge Brandeis, qui consacrait sa vie au sionisme, devint le « conseiller présidentiel sur la question juive » et deux autres figures éminentes du sionisme jouaient également un rôle important dans le Cabinet, le rabbin Wise et le banquier Bernard Baruch.

Vioilà un calque presque parfait de la brochette « d’anges gardiens » qui veillent sur le Président Barack Obama et forment son Cabinet.

C’était le Colonel qui avait choisi le slogan de la campagne électorale: « Il nous a préservés de la guerre« . Ce slogan était destiné à flatter le pacifisme du pays. Or, en même temps qu’il avait l’air de partager le pacifisme de Wilson, House militait ardemment en sous-main pour l’entrée en guerre des Etats-Unis. De plus, au début des hostilités, l’opinion publique était majoritairement pro-allemande en raison de l’immense colonie d’origine allemande omniprésente dans les médias et Berlin était encore le centre du sionisme international.

Le Secrétaire d’Etat de l’époque, William Jennigs Bryan, pacifiste et anti-impérialiste convaincu, dénonça dans un rapport: « Les vastes intérêts des banques «  qui étaient « profondément intéressés par la guerre mondiale, en raison des amples opportunités qu’elles offraient à réaliser de gros profits« .

En effet, cette guerre rapporta directement 200 millions de dollars à J.D. Rockefeller, mais comme les Etats-Unis durent emprunter 30 milliards, augmentés, évidemment, des intérêts payés à la Réserve fédérale qui venait opportunément d’être officiellement constituée, les profits des banquiers internationaux se trouvèrent exponentiellement augmentés.

Le Colonel House devint donc de fait le vrai Ministre des affaires étrangères. A ce titre, il commença à prêcher la nécessité de bâtir une grande armée et une marine puissante. « Pendant que le Président rêvait de sauver le monde, House commençait à envisager la possibilité que les USA deviennent une puissance mondiale« , écrit son dernier biographe Hodgson. Il donc est l’homme qui lança les Etats-Unis sur la voie de l’ empire militaire conquérant.

 

10 – La Première guerre mondiale

Un dramatique événement survenu en 1915 accéléra le changement de la psychologie des Etats-Unis à l’égard des belligérants européens, et notamment à l’égard de l’Allemage: il s’agit de l’attaque par un sous-marin allemand du paquebot anglais, le Lusitania, qui transportait à la fois des munitions et 1198 passagers, dont 125 Américains. Mais les archives diplomatiques permettent de reconstituer les motivations de ce drame en forme de complot. Un entretien entre le Colonel House et Sir Edward Grey, le Ministre des Affaires Étrangères anglais envoyé par son gouvernement avec la mission de convaincre les États-Unis d’entrer dans la guerre aux côtés de la France, de l’Angleterre et de la Russie , est révélateur: « Que feraient les Américains si les Allemands faisaient couleur un paquebot avec des passagers américains à son bord? » avait demandé le Ministre anglais. A quoi le Colonel House avait répondu: « Je pense qu’une vague d’indignation emporterait les États-Unis et que cela en soi-même serait suffisant pour nous amener à la guerre. »

Le Lusitania

L’envoi du Lusitania le 7 mai 1915 dans une zone de guerre sillonnée par ces redoutables navires, indétectables à l’époque, ressortissait d’autant plus à une machination criminelle que l’ambassade d’Allemagne avait fait paraître des avertissements très clairs dans le New York Times, prévenant les passagers que s’ils montaient à bord du Lusitania, ils le feraient à leurs risques et périls.

Les Etats-Unis sont coutumiers de ce genre de montages. Ainsi le Président Mac Kinley a pris le prétexte d’une explosion à bord du cuirassé Le Maine pour déclarer la guerre à l’Espagne et « libérer » Cuba – on sait depuis le renflouage du navire, que l’explosion était accidentelle et venait des munitions stockées trop près des chaudières du navire, comme le prouve le type de déchirures de la coque. En août 1964, le président Lyndon B. Johnson a pris le prétexte d’une attaque des destroyers US dans le Golfe du Tonkin afin de déclarer la guerre au Vietnam du Nord – on sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un mensonge délibéré. Il a été révélé par le commandant de marine James Stockdale survolant cette nuit-là le Golfe de Tonkin que les navires US tiraient sur des cibles fantômes et qu’il n’y avait pas eu d’attaque du tout. L’attaque de Pearl Harbour le 7 décembre 1941, en revanche, a bien existé mais le commandement ayant reçu un avertissement de guerre imminente, les navires auraient pu être mis à l’abri si l’avertissement avait été correctement interprété.

Je ne rappelle que pour mémoire les mensonges sur les charniers serbes et les introuvables armes de destruction massive de Saddam Hussein à l’origine des guerres de Yougoslavie et l’Irak.

Les sous-marins étaient la nouvelle arme de destruction massive inventée par les Allemands et qu’ils étaient seuls à posséder à l’époque. Les ravages qu’elle avait opérés dans les approvisionnements des alliés étaient si considérables que les alliés étaient en difficultés sur le champ de bataille européen. Cherchant à profiter de son avantage, l’Allemagne avait proposé une paix fondée sur le retour aux conditions qui prévalaient avant le déclenchement des hostilités. Mais le Ministre anglais des affaires étrangères envoyé aux USA s’est montré d’autant plus pressant à essayer de vaincre le pacifisme du Président américain que le puissant mouvement sioniste anglais, qui ne rêvait que de la Palestine, avait impérativement besoin d’une victoire anglaise sur l’empire ottoman au Moyen Orient où l’Angleterre était également engagée, et donc d’une poursuite de la guerre. La France n’avait pas non plus intérêt à une paix fondée sur le Status quo ante basis, car cela aurait signifié le renoncement définitif à l’Alsace et à la Lorraine conquises par l’Allemagne après la défaite de 1870.

Pendant ce temps, les sionistes menaient une intense campagne de lobbying auprès du gouvernement anglais. J’y reviendrai dans la 2eme partie. Ce n’est donc pas un hasard si c’est au représentant de la puissante Maison bancaire Rothschild de Londres, Lord Lionel Walter Rothschild, par ailleurs sioniste militant, que le Ministre des affaires étrangères anglais qui avait remplacé Sir Edward Grey, Lord Arthur James Balfour, écrivit une lettre personnelle « addressed to his London home at 148 Piccadilly« , dans laquelle on peut, certes, voir une évidente « déclaration d’amour  » à l’égard du sionisme …et rien de plus .

Cher Lord Rothschild,

Par Lord Balfour
Le 2 novembre 1917

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui. Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour

Lord Balfour

Ce document ambigu abusivement appelé « Déclaration Balfour« ‘ reflète toute la duplicité de la politique étrangère de la « perfide Albion« . Elle contredisait la promesse faite en 1916 au Chérif Hussein de la Mecque par Kitchener, ministre de la guerre, de former un royaume arabe recouvrant toute la péninsule arabique et le Croissant fertile. Pourquoi le Ministre des affaires étrangères de la France n’adressait-il pas une lettre personnelle au Président du CRIF, lui promettant un « foyer national juif » en Bavière, au Danemark ou sur la planète Mars? En effet, en novembre 1917, la couronne britannique n’exerçait aucun droit légal sur un territoire qui dépendait de l’empire ottoman, dont le démembrement n’est devenu officiel qu’à la suite du Traité de Sèvres du 10 août 1920. Et quid, en l’espèce, du fameux « droit de peuples à disposer d’eux-mêmes » brandi, mais jamais mis en pratique, ni au Moyen-Orient, ni lors du saucissonnage de l’Europe?

Parmi les motivations politiques qui expliquent le reniement de la parole donnée aux Arabes, il faut ajouter les convictions personnelles des membres du gouvernement anglais et leur adhésion psychologique au puissant mouvement religieux inspiré par l’Ancien Testament qu’on appelle le « sionisme chrétien » dans les pays anglo-saxons.

Toujours est-il que le torpillage du Lusitania avait changé la psychologie des Etats-Unis à l’égard de l’Allemagne et le Colonel House travaillait ardemment dans le sens de l’entrée en guerre. Il avait averti le Président que les Américains « ne pourraient pas continuer à demeurer des spectateurs neutres » (Hodgson).

Ce revirement de l’opinion provoqua à titre collatéral la démission du Secrétaire d’Etat le plus pacifiste du gouvernement, William Jennigs Bryan. Il fut remplacé par Robert Lansing dont la discrétion légendaire donna naissance à une plaisanterie qui fit le tour de Washington:

« Question : Comment épelez-vous Lansing ? Réponse H-O-U-S-E. « 

Mais le drame du Lusitania n’avait pas suffi à vaincre la conviction pacifiste du Président. Le Colonel House révèle dans son Journal intime à la date du 4 janvier 1917 que le Président avait fermement confirmé sa position: « Il n’y aura pas de guerre, le pays n’a nullement l’intention de se laisser entraîner dans le conflit. Nous sommes le seul pays neutre parmi les grands peuples de race blanche et cesser de l’être serait un crime contre la civilisation « . (Intimate Papers, tome II, page 288.)

Ce comportement mettait en évidence l’incohérence psychologique et politique de l’homme Wilson dans la mesure où il ne semblait pas avoir pris conscience du fait que son pacifisme tenace le plaçait en porte-à-faux avec l’action menée par son propre gouvernement depuis le début de son premier mandat. En effet, les forces qui poussaient à la guerre, à savoir son entourage direct ainsi que les mouvements sionistes et les grands groupes financiers, constituaient précisément les forces politiques qui, dès l’origine, avaient favorisé puis payé son élection et avaient jusqu’alors soutenu ou plutot imposé leur politique.

En retour, W. Wilson candidat, puis Président n’avait pas lésiné sur les gages donnés au mouvement sioniste et aux banquiers.

Ce fut donc un jeu d’enfants pour eux d’enfoncer la frêle barrière idéologique qui leur était opposée. Une manipulation élémentaire et plutôt rocambolesque, sorte de variante de la Dépêche d’Ems qui avait déclenché la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, mit le feu aux poudres. Il s’agit d’un document connu sous le nom de télégramme Zimmermann du nom du Ministre allemand des affaires étrangères. Arthur Zimmermann aurait envoyé à son homologue mexicain un télégramme lui offrant l’alliance de l’Allemagne en cas de guerre avec les Etats-Unis, afin d’aider le Mexique à reconquérir les territoires annexés par le nouvel Etat au Texas, en Californie, au Nevada, en Arizona, au Wyoming et au Colorado.

La manière dont ce télégramme aurait été intercepté divergent: il en existe six versions et l’original du télégramme n’a jamais été retrouvé. Le pseudo document est daté du 16 janvier 1917, mais il ne fut divulgué par voie de presse que le 26 février 1917 . Il provoqua, comme prévu, la fureur de la presse et l’indignation de la population. Le Colonel House est supposé en être l’auteur.

Le « télégramme Zimmermann » n’est pas le seul élément qui poussa les Etats-Unis dans la guerre: l’Allemagne ayant renforcé la guerre sous-marine était en passe d’asphyxier l’Angleterre. Mais devant l’émoi provoqué par la publication de la menace contenue dans ce document, le Président Wilson s’est vu contraint de déclarer l’intention des Etats-Unis de rejoindre les alliés européens: « Nous ne voulons pas affirmer par une victoire la force matérielle des Etats-Unis, mais simplement défendre les droits de l’humanité dont nous sommes seuls le champion.« 

Cette déclaration de « guerre morale » menée au nom des « droits de l’humanité » dont les Etats-Unis seraient les « champions » sonne d’une manière étrangement familière à nos oreilles. Toutes les guerres menées par les Etats-Unis l’ont été au nom des « droits de l’humanité » et un champion contemporain de la « guerre morale » répond en écho au Président Wilson: « Les outils de guerre ont un rôle à jouer pour préserver la paix  » . (Président Barack Obama lors du discours qu’il prononça à Oslo le 10 décembre 2009)

Mais le même belliciste « moral » continue de mener des guerres avouées ou sournoises en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yemen , en Somalie, au Honduras, sans compter les menaces contre l’Iran ou le Venezuela encerclé par pas moins de treize bases américaines situées en Colombie, à Panama, à Aruba et Curaçao, ainsi que par les porte-avions et les vaisseaux de la IVe Flotte. S’y ajoute la récente provocation à l’égard de la Chine que constitue la gigantesque vente d’armes à Taiwan et le déploiement de boucliers anti-missiles dans plusieurs pays du Golfe. L’empire militaire est en marche sous la bannière de la « morale« . Décidément, l’ oxymoron « guerre morale » sert toujours aussi efficacement à masquer les intérêts réels de la « seule puissance militaire de la planète« . (Obama, Ibid.)

Le 6 avril 1917, le Congrès américain ayant voté l’entrée en guerre des Etats-Unis , le Colonel House entreprit de planifier le monde de l’après-guerre selon les vues et les intérêts tant des Etats-Unis que des groupes de pression sionistes qui rêvaient de la Palestine. Il fut l’initiateur de la création du groupe The Inquiry, composé de 126 membres, dont 119 d’origine juive, comme l’écrit Benjamin Freedman dans un discours prononcé à l’hôtel Willard de Washington DC en 1961. « Il est bien placé pour le savoir, écrit-il, puisqu’il était l’un d’eux« .

Les membres de cette « citerne pensante « – « Think Tank » – réfléchissaient au bonheur de l’humanité et plus particulièrement à celui de l’Europe dont ils étaient chargés d’aménager l’avenir politique en vue d’une paix éternelle. Tous firent partie de la pléthorique délégation qui accompagna le Président et le Colonel House à Versailles.

Alors que de nombreux historiens européens s’extasient sur la « doctrine Wilson » dont Inquiry représentait la quintessence avec son slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  » – slogan qui n’était pas du tout destiné à s’appliquer aux peuples colonisés d’Asie et d’Afrique – Hogdson révèle la totale ignorance des réalités politiques européennes dont faisaient preuve ses membres: « Parmi ces universitaires de la Commission, peu d’entre eux étaient des spécialistes des affaires européennes (…) et celui qui avait été chargé de travailler sur l’Italie a reconnu plus tard qu’il ne savait pas l’italien (…) Lorsqu’il fut question du Moyen Orient, les membres d’Inquiry ne surent quoi dire et lâchèrent prise. »

Ils produisirent néanmoins un document en 14 points et ils avaient rien de moins que l’intention de les imposer tels quels.

 

11 – Le Colonel House à Versailles

La dernière action notable du Colonel fut donc sa participation aux négociations des clauses du traité de Versailles de 1919 . Le Président Wilson fut reçu en messie, mais lorsqu’il prononça son discours d’introduction, « il devint évident qu’il ignorait tout de la complexité de la situation » et son « amateurisme« , écrit Hogdson, apparut en pleine lumière si bien qu’il semble en avoir pris conscience et rentra aux Etats-Unis à la mi-février 1919, laissant le House à la tête d’une délégation réduite avec la mission « d’agir à sa place avec sa pleine confiance » et la certitude, semble-t-il, que l’ensemble des délégations adoptera les 14 points préparés par le groupe Inquiry et notamment la création d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur, celui de la Société des nations, prônant la fin de toute diplomatie secrète.

Le Colonel House à Paris

La SDN verra effectivement le jour en 1920, mais ironie de l’histoire, les Etats-Unis n’en firent jamais partie, le Sénat américain s’y est opposé, considérant qu’il s’agissait d’un projet utopique. « La Société de nations est très efficace quand les moineaux crient, mais plus du tout quand les aigles attaquent« , avait commenté Benito Mussolini. Il fallait, comme le Président Wilson, flotter dans la moyenne région de l’air pour imaginer que les Etats-Unis – ainsi que tous les autres Etats – renonceraient un jour à la diplomatie secrète.

Les Américains complétèrent ce projet à la suite de la deuxième guerre mondiale mais cette fois de telle sorte que le successeur de cette institution utopique – l’ONU – devint l’ instrument de leur puissance, comme on le voit depuis 1945.

Les intérêts des alliés, notamment ceux de la France, la plus durement éprouvée par la guerre qui s’était déroulée sur son sol, n’avaient aucune raison de coïncider avec les plans concoctés par le groupe Inquiry, si bien House fut contraint à des compromis. Les négociations du Traité de Versailles furent si laborieuses, si complexes et si tortueuses qu’il est impossible de les résumer en quelques lignes sans sortir du sujet.

En conclusion des négociations, Hogdson rapporte ces paroles prophétiques prononcées par un des « experts » officiels de la délégation américaine : « Les clauses [du traité] ont produit une paix qui rend une autre guerre inévitable« .

 

12 – La disgrâce

A la mi mars 1919 , le Président Wilson, de retour à la table des négociations du traité de Versailles, était cette fois accompagné de sa femme Edith Bolling Wilson. Durant l’absence de House à la Maison Blanche, l’entourage de Wilson, c’est-à-dire sa femme Edith, son médecin personnel l’Amiral Cary T. Grayson, son secrétaire particulier, Ray Stannard Baker, ainsi que le banquier sioniste Bernard Baruch – le faiseur de rois, comme il fut appelé plus tard en raison de son exceptionnelle longévité auprès des Présidents successifs, et jusqu’à Eisenhower – réussirent à convaincre Wilson que les concessions que le Colonel House avait été contraint d’accepter ressortissaient à la plus noire trahison.

Wilson rêvait de l’organisation future d’un monde idéal et de paix éternelle pendant que House, dans une négociation entre égaux, avait en face de lui des nations blessées et ruinées qui exigeaient des compensations matérielles au détriment des vaincus. Les grands principes pour un monde utopique, sans diplomatie secrète et sans guerre, étaient loin de leurs préoccupations immédiates.

L’idéalisme de ce Président qui a exercé une immense fascination non seulement dans son pays mais également dans toute l’Europe, lui valut le prix Nobel de la paix alors qu’il n’avait pas hésité à ordonner des interventions armées en Amérique centrale et dans les Caraïbes – à Cuba, à Saint Domingue et à Haïti notamment. Il rappelle le même enthousiasme délirant qui accueillit l’élection du jeune Président métis Barack Obama, dont le destin semble de plus en plus wilsonien.

De plus, les nations européennes n’étaient pas encore disposées, à l’époque, à considérer que les Etats-Unis – qui, bien que s’étant officiellement déclarés belligérants en avril 1917, n’avaient réellement combattu sur le terrain que durant les quatre derniers mois qui précédèrent l’armistice du 11 novembre 1918 – imposent aux alliés un quelconque « leadership moral et politique » , pour utiliser le terme qu’affectionne M. Barack Obama.

Dès son arrivée à Versailles à la mi-mars 1919, le Président Wilson manifesta son mécontentement, puis son irritation à l’égard de son mandataire. Il lui retira immédiatement la responsabilité de la délégation américaine, si bien que la relation de confiance entre Wilson et House se désagrégea très rapidement et finit par disparaître totalement. Leur amitié ne se remit jamais de ces dissensions. Elle s’acheva dans une incompréhension et une amertume réciproques.

Après la signature du traité par les Allemands en juin 1919, le Colonel House vit une dernière fois le Président Wilson, au moment de son embarquement pour les Etats-Unis . Ce fut leur ultime rencontre et leur ultime conversation.

 

13 – Le Colonel House et Edith Wilson: une inimitié réciproque

L’ hostilité d’Edith Bolling au Colonel House remonte aux premiers temps de la rencontre en mars 1915 de la jeune veuve de 43 ans avec un Président Wilson de 58 ans qui venait, six mois auparavant, de perdre son épouse . Or, à un an de la réélection du Président, le Colonel House, responsable de la campagne électorale qui battait son plein, était persuadé que l’idylle du Président et un deuil aussi court seraient du plus mauvais effet auprès du corps électoral. En bon responsable du succès de l’élection, il fit tout son possible pour empêcher le mariage. Des calomnies coururent même dans la presse sur une élimination volontaire de la défunte.

Woodrow Wilson et sa femme Edith

Mais les tourtereaux, très épris, ne tinrent aucun compte ni des articles diffamatoires, ni des craintes des proches ou des responsables politiques sur un impact négatif de leur union. Le mariage eut lieu le 18 décembre 1915 « dans l’intimité » au domicile de la mariée – « intimité » relative… en présence de quarante invités . « She seemed to come into my life . . . like a special gift from Heaven  » , écrivit le Président .( « Il me semblait qu’elle entrait dans ma vie … comme un cadeau du paradis.« )

Signe de réconciliation ou geste diplomatique destiné à signer un armistice avec une rivale qu’il n’avait pas réussi à éliminer, toujours est-il que le Colonel chargea le peintre Adolfo Müller-Ury de faire le portrait de la nouvelle première dame de la Maison Blanche et l’offrit aux époux. Le Président conserva dans sa chambre à coucher jusqu’à la fin de sa vie le portrait de cette dame grassouillette et guindée, beaucoup moins jolie que sur les photos, décrite comme « charmante, intelligente et d’un gracieux enbompoint« .

Edith Wilson, portrait d’Adolfo Müller-Ury

Intelligente, Edith Wilson l’était assurément. C’était une femme de tête qui prétendait, à l’instar de nombreuses familles de Virginie, descendre de l’indienne convertie au christianisme Pocahontas. La gestion d’une importante bijouterie du temps de son premier mariage en faisait une organisatrice qui voyait d’un mauvais œil l’intimité politique de son Président de mari avec le Colonel House et l’ascendant que celui-ci exerçait sur lui. Elle en était d’autant plus indisposée que le mari amoureux lui confiait également tous les secrets politiques et qu’elle se sentait de taille à remplacer un conseiller envahissant.

Lorsque la santé fragile du Président qui souffrait entre autres, et depuis des années, de violents maux de tête, d’hypertension, de faiblesse cardiaque soigneusement cachés au public, se détériora au point qu’il fut, le 25 septembre 1919, victime d’une grave congestion cérébrale qui le laissa paralysé du côté droit, ce fut elle qui dirigea en réalité le gouvernement et fut appelée « le président secret« .

En tant que Président bis jusqu’à la fin du mandat de son mari, Mme Wilson s’assura qu’il n’y ait aucun contact entre un Président, lucide, mais partiellement paralysé et cloué à la Maison Blanche et son ancien conseiller.

 » Il est dangereux de décevoir un homme vaniteux et vindicatif, mais il n’est pas moins dangereux de vexer son intrigante et rancunière épouse« . (Hodgson)

Mais si Edith Wilson se comporta à l’égard du Colonel comme une femme jalouse et assez mesquine, elle fut en même temps d’un immense dévouement à son mari. Si elle assuma un rôle politique majeur, c’était essentiellement afin de protéger l’homme qu’elle aimait. Son comportement n’était d’ailleurs pas anti-constitutionnel à l’époque. Rien n’était prévu pour ce genre de situation. Le vide constitutionnel ne fut comblé qu’en 1967 par un amendement qui prévoit l’incapacité du Président.

Le Président Wilson mourut le 3 février 1924 à 68 ans et Edith lui survécut jusqu’au 28 décembre 1961. Elle avait 89 ans.

 

14 – Les dernières années du Colonel House

M. House vécut encore une vingtaine d’années après la guerre. Il continua à fréquenter les milieux politiques américains, notamment les membres du parti démocrate, mais il n’exerça plus jamais le type de pouvoir qui fut le sien entre 1912 et 1919 dans le tamden qu’il formait avec Woodrow Wilson. Il se consacra à rédiger ses mémoires et à justifier sa gouvernance. Pendant ce temps, la veuve du Président et plusieurs autres membres de son entourage s’acharnaient à diaboliser son rôle d’éminence grise et lui reprochaient les échecs du Président après la guerre. En revanche, House fut toujours loyal envers son ancien ami et ne critiqua jamais Wilson ni en public, ni en petit comité.

Le Colonel House à la fin de sa vie

Quand l’ex-Président mourut en 1924, le Colonel demanda s’il pouvait être présent aux obsèques, mais le banquier Bernard Baruch, devenu le mentor d’Edith Wilson, refusa et lui répondit que « sa présence n’était pas souhaitée« .

House ne quitta pas complètement l’action politique. Il contribua encore à l’élection de Franklin D. Roosevelt en 1932. Puis, gravement malade et n’ayant plus le goût le vivre, il se retira définitivement de la vie politique disant à ses visiteurs qu’il était heureux de la vie qui avait été la sienne car il avait joué un rôle important au cours d’évènements mondiaux importants.

Il mourut le 26 mars 1938 à l’âge de 80 ans. Toutes ces informations figurent dans la biographie de Godfrey Hodgson.

Le grand pianiste polonais Ignacy Paderewski demeura fidèle à son ami. Devenu président de la Pologne qui venait de renaître, il confia au sculpteur polonais François Black (1881-1959) la réalisation d’un monument en granit qui fut érigé dans le parc Paderewski à Warsovie.

 

15- Comprendre les raisons de l’influence du Colonel House sur le Président Wilson : la parole est à Freud

Il est difficile de comprendre l’influence que le Colonel House a exercée sur le Président Wilson sans s’attarder quelque peu sur la psychologie complexe de l’homme Wilson.

Lorsque le « groupe d’hommes secrets » décida que Woodrow Wilson serait le candidat du parti démocrate aux élections à venir et « qu’il ferait deux mandats » selon les affirmations du rabbin Wise, ni lui, ni le Colonel House ne l’avaient encore rencontré. A une question du rabbin Wise lui demandant à quelle date il avait pour la première fois rêvé à la Présidence, la réponse de W. Wilson stupéfia le rabbin, compte tenu de l’intime connaissance qu’il avait des circonstances de sa nomination : « Il n’y eut jamais un moment après mon diplôme à l’université Davidson en Caroline du Sud, où je ne m’attendais pas à devenir président. » La stupeur ironique du rabbin ne le décourage pas. Il insiste: « Il n’y eut jamais un moment où je ne m’attendais pas et ne me préparais pas à devenir président. » Comme G.W. Bush, le grand dévot que fut le Président Wilson s’est senti durant toute sa vie en communication directe avec Dieu… Et l’alter ego de G. W. Bush et complice de la destruction de l’Irak, Anthony Blair, souffre de la même pathologie.

Un tel comportement rappelle également celui d’un de nos hommes d’Etat actuels, même si les symptômes de cette pathologie se traduisent par des réactions différentes.

La fragilité psychologique du personnage explique pourquoi le psychanalyste Sigmund Freud s’est si profondément intéressé à cet homme politique, même si, écrit-il, « plus il le connaissait, plus il le détestait« .  » Je dois commencer ma contribution à cette étude psychologique de Woodrow Wilson par l’aveu que la personne du président américain, telle qu’elle s’est élevée à l’horizon de l’Europe, m’a été, dès le début, antipathique, et que cette aversion a augmenté avec les années à mesure que j’en savais davantage sur lui« . (Le Président Wilson. Freud et Bullitt )

L’ouvrage signé Freud et Bullitt fut écrit entre 1930 et 1932 par un Freud déjà malade et dépressif, en collaboration avec un jeune diplomate américain, William Bullitt, qui avait assisté comme très jeune secrétaire de la délégation américaine, aux négociations du Traité de Versailles. Mais Le Président Wilson ne parut qu’en 1966. En effet, avec un tact bien compréhensible, les deux auteurs avaient convenu d’attendre la mort d’Edith Wilson, survenue en 1961, pour le faire connaître. Freud était mort depuis 30 ans, mais William Bullitt eut le plaisir de voir la parution du livre, puisqu’il vécut jusqu’en 1967.

La première partie de l’ouvrage traite des thèmes classiques du freudisme : l’identification au père puis au chef … mais aussi à Dieu. La thèse centrale du livre est de savoir quel rapport le président Wilson a entretenu avec la folie et dans quelle mesure sa folie a influencé ou déterminé son action politique.

On comprend qu’un tel « sujet » ait été un terrain de jeu idéal pour les hommes de l’ombre et les éminences grises de tout poil – le Colonel House, Bernard Baruch, le rabbin Wise et finalement sa femme Edith. Freud termine son introduction par ces mots :

 » Les fous, les visionnaires, les hallucinés, les névrosés et les aliénés ont, de tout temps, joué un grand rôle dans l’histoire de l’humanité (…), ce sont précisément les traits pathologiques de leur caractère, l’asymétrie de leur développement, le renforcement anormal de certains désirs, l’abandon sans réserves ni discernement à un but unique qui leur donne la force d’entraîner les autres à leur suite et de vaincre la résistance du monde« , et il ajoute « les grandes oeuvres coïncident si souvent avec des anomalies psychiques que l’on est tenté de croire qu’elles en sont inséparables« .

 

16 – Conclusion

A partir du moment où « l’argent, machine à transformer le sacré en profane, (…) constitue un excellent moyen de servir Dieu » (p. 146) explique Jacques Attali dans l’ouvrage cité ci-dessus ; à partir du moment où le Colonel House fut l’homme de paille des groupes bancaires qui inventèrent en 1913 une sorte de machine à fabriquer de l’argent à partir de rien – la FED – et que parallèlement le même homme encouragea la montée en puissance d’un sionisme qui sut utiliser ce « moyen de servir Dieu » pour le mettre au service d’une entreprise coloniale dissimulée sous le mythe d’un « peuple élu » retrouvant une « terre promise« , cet homme fut aussi, indirectement, le bourreau des Palestiniens.

La montée en puissance de l’empire militaro-financier des Etats-Unis et le camp de concentration de Gaza sont les ultimes conséquences de la prise de pouvoir des grands financiers sur les Etats-Unis et le Colonel House en fut, dans l’ombre, le Deus ex-machina.

Bibliographie

-The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York: Houghton Mifflin Co, 1926-1928 –

PHILIP DRU ADMINISTRATOR: A STORY OF TOMORROW , 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)

Arthur Howden Smith, The Real Colonel House, Doran Company, New-York , 1918

George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932 .

– Une biographie plus récente vient de paraître: Godfrey Hodgson, Woodrow Wilson’s Right Hand: The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006)

– Bien qu’il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l’ouvrage d’Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve , The London Connection

– Jacques ATTALI, Les Juifs, le Monde et l’Argent, Histoire économique du peuple juif, Fayard 2002, (Livre de poche pour les références)

– S. Freud, W.C. Bullit, Payot 2005 , President T.W.Wilson, portrait psychologique , (livre de poche).

3 février 2010

SOURCE  :  http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/house.html

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